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Rencontre avec

Christian Sommer, un vrai « volontaire »

01 octobre 2023

Implanté sur Gap depuis longtemps, Christian Sommer, retraité, mène une vie paroissiale et caritative active. Il est grand-père de sept petits-enfants, et marié avec Évelyne, avec laquelle il partage bonheurs et difficultés.

Christian Sommer, c’est le nom associé aux lancements d’opérations d’entraide à Gap. Le nom de celui qui file à vélo l’été avec sa femme, pour des vacances délibérément sportives. On le croise encore à l’assemblée du Désert, ou dans des rencontres côté Pacca. On compte sur lui, toujours prompt à envoyer des photos, à communiquer avec le journal.

Depuis quelques années, ce sont aussi les nouvelles de sa maladie qu’on échange, avec lui ou ses proches. Et l’impression que rien ne l’arrête !

(© DR)

 

De la Suisse à la France

Notre entretien commence par des périodes, des repères géographiques et de nombreux déménagements. « Jeune, je travaillais en Suisse, mais je n’ai pas souhaité rester au pays de Gex. Je n’ai fait que les quatre mois de service militaire initiaux. L’uniforme, tout ça… »

Au moment de leur mariage, en 1973, Évelyne et Christian s’installent à Aix. Après quelques années, ils partent dans le village du Vernet, en Haute-Provence. « Là, j’ai été employé communal, puis à la fois artisan, employé et gardien de gîte. Dans ces villages, on fait tout ! » Encouragé par un agent EDF, Christian passe le concours, qu’il réussit (il a alors 31 ans) et le couple déménage à Embrun. « Né à Genève, je suis devenu français à ce moment-là. »

Bientôt Christian se retrouve secrétaire général de la CMCAS - la caisse mutuelle complémentaire et d’action sociale d’EDF : « un engagement qui n’a pas favorisé ma carrière à EDF, mais qui m’a permis de vivre beaucoup de choses et d’oser m’exprimer en public. »

En 1986, son épouse et lui font le choix de Gap, où ils se trouvent bien.

 

Engagés dans l’Église

Il y eut cette profession à dimension sociale, mais un autre déclencheur également, selon Christian : « Lorsqu’on vivait près d’Embrun, il y avait à Gap un pasteur, Guy Rousseau, qui avait le don de fédérer les gens et de les mettre au travail. Après une réunion chez nous, concernant le consistoire (à l’époque, c’était Briançon, Gap, Mens), il nous a embauchés pour les camps de jeunes. Jusque-là, j’étais au conseil presbytéral, mais à partir de ce moment, l’engagement paroissial a “décollé”. Avec les camps - je m’occupais surtout de l’intendance -, on a vécu des choses énormes. Sur les trois semaines de vacances qu’on prenait en été, deux au moins étaient consacrées au camp. Mais c’est sans regret de notre part ; Évelyne et moi, nous y avons vécu des périodes merveilleuses ! »

 

Les temps de l’Entraide

L’Entraide de la paroisse, c’est le dernier engagement pris. Christian en est le président depuis trois ans. Pour lui, l’Entraide est le bras social de l’Église.

À la rentrée, opération « fournitures scolaires ». Il faut solliciter régulièrement, par internet, lors des cultes… « On a récolté 1000 euros, ce qui pour nous est énorme. De plus en plus, on demande de l’argent et on achète nous-mêmes : ainsi, pas besoin de local ni de permanences, et nous proposons un matériel qui correspond à ce que les gens attendent. »

Pour les vêtements, même chose : avec l’argent récolté sont offerts des bons d’achat pour Le fil d’Ariane, une « recyclerie » associative. « Ainsi les personnes choisissent elles-mêmes leurs vêtements, c’est beaucoup mieux. »

Cela fournit aussi aux paroissiens une occasion de donner. « J’ai l’impression que les gens attendent qu’on les sollicite et ils sont reconnaissants pour le travail accompli !, s’exclame Christian. Une condition : il faut savoir parler de ce qu’on fait, en parler concrètement. »

Autre point fort : les boîtes de Noël, de jolies boîtes que chacun remplit avec des éléments variés : pour se couvrir, manger, se laver, se cultiver… Le nombre de boîtes a baissé la deuxième année, mais il faut dire que le « concept » a eu du succès et que ce type d’opération s’est démultiplié. « Notre autre motivation pour continuer, explique le président, c’est qu’on l’organise avec l’Église évangélique Le Rocher et l’Église adventiste. Comme on ne se rassemble presque plus entre Églises, c’est cette action qui nous relie actuellement. »

 

Au-delà des étiquettes

Le mari et la femme ne sont pas disjoints dans leurs activités : Évelyne est membre de l’Entraide et responsable départementale de l’Acat (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture). Comme le dit Christian, ça va dans le même sens.

Une particularité : Christian est d’origine mennonite. Évelyne, elle, est réformée. À Aix, ils avaient fait le choix de rejoindre l’Église réformée, mais Christian ajoute : « Nous trouvons qu’avec les mennonites, on se rejoint sur beaucoup de sujets. Et avec eux, on peut parler de tout, même si on n’est pas toujours d’accord. » Il conclut : « Que ce soit sous une étiquette ou une autre, on peut toujours faire changer les choses par l’intérieur de l’Église et par les engagements qu’on prend. »

 

La maladie

Depuis six ans, Christian souffre d’un myélome multiple. Sa définition : « Les globules blancs dégénèrent et finissent par se dévorer entre eux. » Pas trop de souffrances côté maladie, mais la grande pénibilité des effets secondaires des traitements et de l’irrégularité des réactions.

Est-ce que sa maladie a modifié son regard, voire ses convictions profondes ? « Non ! répond fermement Christian. Parfois, je pense que ce n’est pas juste, mais c’est rare. Ce qui a changé, c’est que maintenant je dis : “un jour à la fois”. J’ai trouvé une chanson sur internet, qui dit ma manière de vivre maintenant :

 

« Un jour à la fois, ô mon Dieu

C’est tout ce que je demande.

Le courage de vivre, aimer, être aimé,

Un jour à la fois.

Hier est passé, demain ne m’appartient pas, etc. »

 

Christian poursuit : « Je pense que je vivais déjà comme ça, mais ça m’a permis de poser des mots et de partager beaucoup, avec des personnes malades souvent. Les gens me répondent que c’est comme ça qu’on devrait tous vivre ! »

Une maladie qui ne se guérit pas, une espérance de vie à 5 ans… « Je suis dans la 6e année, j’ai le sentiment de faire du rab et d’améliorer la moyenne ! Donc, en prenant chaque jour à la fois, c’est… presque pas difficile ! Un jour à la fois, et puis en même temps continuer à avoir des projets. »

Par exemple, chaque année, le couple a l’habitude de se lancer dans un périple à vélo d’environ 1000 km. Cette année, ce sera 560 km, avec quand même plus de 5000 m de dénivelé !

 

Avec les dons de tous et toutes

À la fin de notre entretien, Christian veut déposer quelque chose qui lui importe : « Tout cela, ça ne vient pas de moi, c’est une espèce de force qui est en moi et je crois que cette force est en tout le monde. Chacun reçoit un don, c’est biblique ! On doit à la fois apprendre à exprimer nous-mêmes ce don, mais surtout, nous Églises et Entraides, donner de la place aux gens pour qu’ils l’expriment. C’est vraiment ma conviction. Quand je rencontre une personne, je me dis : “Avec celui-là, on pourrait faire ça ou ça…” Ou bien avec les jeunes qui ont des idées - pas toujours réalistes, mais qui nous réveillent ! Il faut chaque fois chercher quelque chose pour les intégrer. »

Séverine Daudé
Rédactrice en chef d'Echanges

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